• Un petit tour chez l'Autre

     

    La Part de l'Autre, exposition collective 2018
    La Cité des Arts, île de La Réunion 
     

    Un petit tour chez l'AutreVendredi 19 octobre,

    je cours flâner au sein de La Cité des Arts. Ceci est un simple petit article pour écrire mes ressentis lors de la visite de cette exposition sur un coup de tête… La tête directement plongée dans le noir total. J'avoue que j'angoisse dans les salles sans fenêtres… Et mieux avec une personne qui ne cesse de t'observer du coin de l'oeil et qui te met constamment la pression. Elle ne me faisait absolument pas confiante pour une raison totalement inconnue. J'ignore pourquoi mes pas m'ont mené jusqu'ici. Ah oui, je me souviens que je souhaitais voir une exposition de sérigraphies d'une certaine Mathilde mais que j'apprend avec déception que la boutique ne s'ouvrait qu'à 14h. J'avais reproché au fond de mes pensées vertigineux qu'ils auraient au moins pu mettre ce détail, puisque c'était le dernier jour d'exposition.

    La part de l’autre, du 15 septembre au 28 octobre 2018, est une exposition collective de Malala Andrialavidrazana, Laura Henno, Gabrielle Manglou, Myriam Mihindou, Myriam Omar Awadi. Salle Banyan de la Cité des Art, Île de La Réunion.

     

     


     

    La part de l’autre est une exposition totalement plongée dans la pénombre, où quelques lumières vives éclairent des tirages de photographies intéressantes. Des hurlements canins sourds se font entendre dans un coin de la salle, se mélangeant aux paroles d’inconnus ainsi que des murmures d’un homme dans un coin opposé. La part de l’autre relève une question identitaire multiculturelle sur des hommes ou des femmes : les œuvres sont le fruit complexe de regards convergents des artistes sur des habitants des territoires de l’Océan Indien. Entre photographies où les visages disparaissent, entre les installations vidéo et sonore à l’apparence de reportages documentaires, un rapport corporel invisible et la mémoire d’une réalité actuelle s’y inscrit. Nous y entrons dans l’intimité des sujets filmés ou photographiés qui nous font découvrir l’envers d’un décor.

     

    Un petit tour chez l'Autre

    Vue de l’exposition dans la salle Banyan.

     

    L’influence des différences culturelles dans cet espace colonial que constituent les territoires insulaires comme l’île de La Réunion ou Madagascar, contribue à forger une identité commune issue du marronage, sous forme de ligne de fuite traversant nos sociétés au fils de temps et des migrations via le fort développement de la mondialisation. L’exposition indique que le marronage évoque la volonté d’échapper au pouvoir du maître. J'avoue que sincèrement au fond de moi, je n'ai pas réellement réussi à vraiment cerner cela à part quelques photographies ; encore, je pense quand même au triptyque de vidéos d’un jeune homme qui voyage à bord d’un bateau où il y avait une certaine sensibilité cachée et fragmentée en trois.


    Dans ce triptyque de format paysage, nous nous retrouvons face à un jeune homme qui navigue sur un petit bateau. Notre regard se promène de manière confuse sur chacune de ces vidéos, ne savant pas sur laquelle il faut se focaliser. Les climats changent, l’enfant porte tantôt une veste de pluie, tantôt un costume, tantôt un vêtement quotidien. Les couleurs de la mer et des terres visibles se marient avec ses vêtements. Son regard se dirige vers un horizon que nous ne voyons pas ; nous observons ce qu’il y a derrière lui, l’envers du décor. Ses expressions du visage recherchent expressément un élément inconnu ou parfois seul un regard divague. Les ondulations de la barque nous bercent le regard, provoquant un léger mal de mer, qui devient un petit foyer de déplacement bravant les intempéries et le soleil plombant. Evidemment, mes yeux ne savaient absolument pas où il fallait se concentrer ; la concentration frissonnait dans mon dos avec le regard pesant de la… médiatrice ? Ou peut-être encore ce silence pesant de la salle où bourdonnaient des murmures inconnues ! Ce triptyque raconte une histoire quotidienne sans mots, celle d’un voyage sans fin, d’un déplacement intime où nous ne voyons ni habitations, ni autre individu ou animal.

    A l’entrée de l’exposition se dresse également un triptyque de photographies où une main bandée et colorée en blanc se repose sur un fond rouge. Une main est l’unique sujet dans chacune de ces photos. Les trois photos montrent tout simplement trois angles différents, telle une étude scientifique ou documentaire. Pourquoi une main et pas un pied ? Ici, la main est montrée comme une sculpture, le blanc rappelle les sculptures de plâtre ou de marbre. Nous pouvons apercevoir la couleur du marronnage saupoudrée de blanc. Le banc contamine et se prolifère sur sa peau, avec les bandages qui enchaînent les doigts. Les bandages empêchent le moindre mouvement libre. La couleur rouge fait ressortir le blanc, une couleur qui rappelle la passion ou la couleur sanguine. Les images capturent un instant, témoignent une histoire passée porteuse de stigmates d’une société inscrite dans un espace colonial. Enfin, si nous suivons bien les textes affichés sur des pauvres formats A4. S’ensuit une série de photographies monochromes. Images manipulées à l’apparence d’iconographies anciennes, elles donnent l’impression d’être directement sorties des archives historiques départementales (qui semblent bien être le cas).


    Tirées sur le côté négatif de l’image, un air spectral s’inscrit sur chaque portrait. L’air spectral est tel un passé qui hante, tel une mémoire qu’on tente de rafraîchir. Chaque personne a son visage caché, inconnu. L’identité est bafouée. Chacune prend une pose ou effectue un geste. La photographie leur vole une partie de leur être. Peut-être que ces personnes viennent d’un même territoire, ou de territoires différents. Une ligne d’horizon blanche relie chaque pied de l’image. Elle relie tous les portraits entre eux. D’autres photographies rappellent le même thème sans ligne d’horizon, où des corps entiers disparaissent sous forme de silhouette noires sur les pieds d’images rougeâtre ; agrandies, les personnes sont dimensionnées à l’échelle humaine. Un côté inquiétant nous envahi. D’autres, des visages sont cachés par un morceau d’un élément bleu, transparent, vert sur des tons sépia.

    D’autres photographies étaient également présentes, où nous apercevons un homme entouré d’un groupe de chiens qui semblent lui être loyaux l’appartenir. Il est maître. Enfin, une fois de plus, je me rend compte que je reste influencée par ces textes que je n'aurais peut-être pas dû lire en premier. Sur certaines photos nous voyons qu’il porte un masque. L’homme porte un haut coloré qui ressort sur les tons gris sombre ou bleuté du paysage naturel au bord de mer. Nous retrouvons également ce qui semble être des dresseurs. Peut-être que les chiens sont utilisés pour la chasse au fond d’un belle forêt tropicale. Aucun indice ! Il y a un regard sur un évènement quotidien où la plénitude semble régner autour de ces mouvements figés lors du cliché. Pour finir, une pièce avec un micro transparent éclairé, rappelant inévitablement le côté fantomatique des séries photographiques précédentes. Derrière ce micro, un drap blanc est étendu dans une photographie d’une pièce rustique. Je me questionne si je n’ai pas raté une performance ou un discours. Je n’avais aucune description de la pièce... Quel dommage. Mais le silence suffisait à s'imposer sur ces pièces que je me demande s'il est nécessaire d'avoir une description. Il y avait également une installation vidéo sonore à l’arrière de cette pièce. L’installation était entièrement plongée dans le noir, où un écran télévision était posé à terre ; un homme habillé de noir sur fond noir semble réciter unelettre, ou murmurer une prière. Des coussins sont installés autour. C’est une invitation silencieuse à partager une prière, un rituel ou un moment historique reliant chaque futur participant. Mais je n'avais pas envie de m'assoir. 


    Les dernières pièces étaient de très grandes projections vidéo documentaires ou photographiques. La plus grande vidéo était sous-titrée. C’était un échange entre un enfant qui semble être le même que celui sur le bateau avec un adulte. Il est difficile de comprendre leur échange, mais nous sommes immergés dans le gros plan d’un visage innocent, presque inquiet, à l’écoute. Les deux dernières projections étaient enfermées dans de longs couloirs clos. Je ne me suis pas attardée dessus, étant donné que les espaces clos dans le noir m’angoissent.


    Je sais, je n'ai fait qu'angoisser. Est-ce comme un refus de me retrouver dans la part de l'autre ? Ou est-ce vraiment le noir ?


     

     

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